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Les couleurs

 
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Jehanne
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MessagePosté le: Jeu 26 Fév 2015 - 16:12    Sujet du message: Les couleurs Répondre en citant

Je vais essayer d'être assez concise, même si je pense que je pourrais baver des pages et des pages.


J'ai mis cette petite synthèse dans Ve - XIVe car Michel Pastoureau, qui un peu le spécialiste français des couleurs est historien médiéviste, mais il y a des informations également pour l'antiquité et l'Ancien Régime.


Majoritairement les informations proviennent du petit livre des couleurs et de Bleu, deux ouvrages de Michel Pastoureau.



 1- Le Bleu  
 
 
 
Le bleu est la couleur préférée des européens, mais dans l’histoire c’est une couleur difficile à fabriquer. Dans l’antiquité c’est la couleur des barbares. Ce n’est qu’aux XIIe et XIIIe siècle que le bleu est promu. Pourtant il n’y a pas à cette époque un réel progrès dans la fabrication du bleu. On habille également la vierge de bleu, on est à cette époque dans une pleine expansion du culte mariale. La vierge devient le principal agent de la promotion du bleu, la couleur barbare devient la couleur du divin. Dans l’antiquité existait 3 couleurs ; le noir, le blanc, le rouge et l’on passe à un système à 6 couleurs. La suprématie du bleu sur le rouge dura jusqu’au XVIIIe siècle, à la fin du moyen-âge la réforme protestante, utilise différente couleur, dont le bleu. Au début du XVIIIe siècle le bleu triomphe, grâce à l’import de l’indigo par exemple. 
 
 
 
Teindre en Bleu ; la guède et le pastel : 
 
La vague des tons bleu à partie du XIIIe siècle est favorisée par les progrès des techniques et la culture de la guède. Il s’agit d’une plante crucifère qui pousse dans de nombreuses régions d’Europe. Le principe colorant (l’indigotine) réside essentiellement dans ses feuilles.  
 
La guède fait concurrence à la garance et les teintes rouges reculent au profit des teintes bleues dans la teinture du vêtement. Les mélanges sont inexistants à l'époque Médiévale et les teinturiers sont spécialisés dans une couleur, on ne mélange pas le jaune et le bleu pour obtenir du vert, il faut un pigment spécial pour chaque couleur, et cela jusqu’au XVIIe siècle. 
 
Le métier de teinturier est également soumis aux contraintes du mordançage, c'est-à-dire à l’utilisation de substances intermédiaires (tartre, alun, vinaigre, urine, chaux …) pour fixer les couleurs aux tissus, certaine couleur demandent de mordancer fortement la couleur, comme le rouge ou le jaune, tandis que le bleu, obtenu de la guède, n’exige qu’un mordançage très léger voir même inexistant. Cette différence amplifie les dissensions entre teinturiers selon les couleurs qu’ils teignent. La simplicité de certaines teintures réduit le coût économique et aide à développer la commercialisation des tissus de couleur bleu.  
 
 
 
Au XIVe siècle le bleu est concurrent de nombreuse couleur comme le rouge ou le noir. Loin de nuire au Bleu, cela lui est bénéfique.  
 
Lois somptuaires et règlements vestimentaires : 
 
Cette valorisation du bleu, tient à la promotion du noir. Car le noir, couleur difficile à fixer s’il en est, commence à prendre son essor au moment ou les techniques de fixation permettent d’obtenir de beaux noirs, brillants, denses et solides à l’usage.  
 
Les lois somptuaires concernent tous les domaines de la vie matérielle. Le bleu n’est ni prescrit ni interdit, ce qui fait que sa présence augmente dans les garde robes masculines, comme féminines. 
 
 
 
 L’emploi de l’indigo est autorisé en 1737, dans tout le royaume. Au début du XVIIe l’emploi de cette teinture était interdite, et au fil des décennies l’indigo se révéla moins couteux et plus puissamment tinctorial que le pastel, le colorant exotique (importé) supplanta le colorant indigène. Le bleu se démocratise, et devint grâce à sa palette étendu une des couleurs les plus prisée dans les teintures des étoffes. (Le pastel est un des noms de la guède. Le pastel des teinturiers ou la guède est une plante bisannuelle de la famille des Brassicacées, très cultivée autrefois dans la région d'Albi, Carcassonne et Toulouse pour la production d'une teinture bleue, le pastel.) 
 
 
 
2 - Le rouge  
 
 
 
Couleur de la guerre, de la violence, les soldats romains sont vêtus de rouge. Cette couleur renvoie au sang, au feu, à la mort. Dans l’ancien testament le rouge est associé à la faute et à l’interdit, tantôt à la puissance et à l’amour, mettant en place une dualité symbolique. 
 
On obtient le rouge à partir du kermès, les œufs de cochenille qui paraissent sur les feuilles des chênes. Le récolte est longue, et la couleur lumineuse. Les paysans utilisent la garance, qui donne une teinte moins éclatante.  
 
Aux temps de la réforme, le rouge est la couleur des papistes. 
 
La robe de mariée d’Ancien Régime, est en rouge, car le jour du mariage, on met sa plus belle robe, et sa plus belle robe se doit d’être rouge, puisque rouge, veut dire cher. 
 
 
 
3 – Le Blanc 
 
 
 
Le blanc désigne une absence de couleur et pourtant il n’en est rien, on suppose également qu’il induit l’uniforme, l’homogène, dont la neige à renforcé le symbole car il n’est rien de plus pur, dans l’imaginaire, que la neige. Durant La guerre de Cent ans on a mis en place le drapeau blanc, en opposition au rouge de la guerre.  
 
Le blanc est la couleur de la robe de mariée, car la virginité prend une grande importance au mariage, lorsque la mariage chrétien se généralise au XIIIe, on se marie en rouge, mais au XVIIIe la virginité prend une grande importance, car elle ne va plus vraiment de soit. Pour des questions d’héritage, il est important que les enfants du couple, soit bien issus de l’époux de la mariée. Le blanc est également un symbole de propreté, tous les vêtements qui touchaient le corps se devaient d’être blancs. Ceci pour une question d’hygiène (le blanc= propre, le noir = sale). De plus, on faisait bouillir les étoffes (le chanvre, le lin et le coton) pour les laver, et elles perdaient leur teinte durant ce traitement, le blanc restaient la couleur la plus stable lors de l’utilisation de cette technique de lavage. 
 
Le blanc est également un enjeu social, car dans les sociétés des XVIIe et XVIIIe siècles, la blancheur de la peau était d’une importance capitale dans la haute société, pour se différencier de la peau tannée des paysans. 
 
 
 
4 – Le Vert 
 
 
 
Le vert est considéré comme une couleur moyenne, médiane, paisible et non violente. Cela apparait clairement à la fin du XVIIIe siècle, dans le traité de Goethe, qui recommande le vert pour les intérieurs, les papiers peints, et particulièrement pour la décoration de la chambre. Le vert était considéré jusqu’au XVIIe siècle comme une marque d’excentricité. (p 65) 
 
C’est une couleur passionnante puisqu’elle est assez facile à obtenir dans la nature, mais c’est une couleur très difficile à stabiliser, et les tissus teints en vert sont difficiles à fixer car ils prennent rapidement une teinte délavée. Ce qui dénote une instabilité de cette couleur, et la symbolique en fait la couleur du changement, du sort, de la chance. (p 66) C’est une couleur inquiétante.  
 
Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’on a commencé à mélanger du jaune et du bleu pour obtenir du vert. Cela a commencé avec la découverte des spectres de Newton, et dès lors on a mélangé des cuves de jaunes et d’indigo bleu venu massivement des Amériques. (p 69) 
 
 
 
5-Le Jaune 
 
 
 
Le jaune est plutôt une couleur mal aimé, on en a une mauvaise image.  
 
Pourtant dans l’antiquité les Romaines aimaient porter des vêtements de cette couleur lors des grandes occasions. En Occident c’est une des couleurs les moins appréciée, tandis qu’en Asie c’est une couleur qui est associée au pouvoir, puisqu’elle est réservée à l’Empereur.  
 
Durant l'époque Médiévale le jaune a pris un aspect définitivement négatif, laissant de côté les côtés positifs, comme le soleil, la chaleur de cette couleur, pour en faire une teinte matte, triste, qui rappel le déclin, la maladie et ensuite comme un symbole de trahison. 
 
Et nous n’avons aucune explication à cela, pourtant c’est une teinture qui tient parfaitement au processus de coloration des fibres textile, elle ne se délave pas et résiste beaucoup mieux que le vert. Le jaune est souvent relégué à la fin des traités qui décrivent les couleurs, et souvent le chapitre est très mince. Jusqu’au XIXe siècle, en peinture, elle n’est utilisée au pour décrire et pointé les traitres du doigt. L'or est plus souvent utilisé à partir du XIIe siècle et est considéré comme le "bon" jaune à la différence de celui symbôle de l'infamie. 
 
 
 
6-Le Noir 
 
 
 
Le noir est associé aux peurs, mais également à la tempérance à la dignité, l’humilité, renforcé et mis à l’honneur par les réformés, il est le noir de l’autorité, des juges. Il est aussi la couleur de l’élégance. 
 
Á la fin du moyen-âge, c’est la morale qui a donné un coup de fouet à la technique, car durant longtemps il à été très difficile de fabriquer cette couleur, les teinturiers italiens, furent très sollicités pour fabriquer des couleurs sages.  
 
De plus la Réforme déclare la guerre aux tons vifs, et professe une éthique de l’austère et du sombre. Le noir est réservé à une certaine élite, et comme sa fabrication est cher, elle reste la couleur de cette élite (robins, juges, gens de justice), ce qui leurs confèrent une certaine dignité. 
 
Le noir est depuis l’antiquité en occident la couleur du deuil, mais seulement à partir du XVIe siècle, celui-ci se démocratise, et progressivement touche la paysannerie, car le noir est cher et seule l’aristocratie a les moyen de s’offrir des habits de deuil noirs. 
 
 
 
7-Les Demi-couleurs 
 
 
 
Pour le violet, le latin médiéval parle de demi-noir, il s’est donc associé automatiquement au demi-deuil. Le violet est également la couleur de la pénitence. Le violet est devenu également une couleur très vulgaire. 
 
 
 
Les tons orangés, n’étaient pas produits à partir du jaune et du rouge. On a aussi utilisé le safran, puis le « bois du brésil ». Les couleurs étaient généralement criardes et dénotent aujourd’hui une certaine vulgarité comme le violet. 
 
 
 
Le rose, n’a pas eu d’existence définie pendant longtemps, on parlait autrefois d’ « incarnat ». Ce mot voulait représenter la chair, la carnation. Le rose à acquis sa symbolique au XVIIIe siècle, celle de la tendresse, associée à la femme.  
 
 
 
Le marron, évoque la saleté, autrefois on utilisait le mot « brun », la couleur du pelage de l’ours. Le mot marron est apparu au XVIIIe siècle, dérivé de la châtaigne, c’est un brun plus chaud, plus rouge. Cette demi-couleur a peu d’aspect positif, à moins de vouloir prendre l’humilité des ordres monastiques. 
 
 
 
Le gris a presque toutes les caractéristiques d’une vraie couleur, il possède un double symbolisme, il est ancien, et n’a pas de référents. Il renvoyait autrefois à la sagesse, la connaissance, l’intelligence. Aujourd’hui il est symbole de tristesse, de vieillesse, de mélancolie. Le gris a un statut à part, il est une couleur moyenne. De plus, il existe une palette de gris, assez étendu, qui en fait une couleur qui autorise de nombreuses nuances. 
 
 
 

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MessagePosté le: Jeu 26 Fév 2015 - 16:12    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Sam 28 Fév 2015 - 10:32    Sujet du message: Les couleurs Répondre en citant

Precision concernant La "révolution bleue" des XIIème et XIIIème siècle (toujours selon Michel Pastoureau) :



Dans la gamme des bleus, il faut distinguer 2 périodes:
Jusqu'au 12eme et au tournant du 13ème siècle, les teinturiers européens ont beaucoup de mal à faire du bleu. Et puis en 2, 3 générations, parce que la société le leurs demande, ils font des progrès considérables et à la fin du Moyen Age ils produisent des tons admirables de bleus. Mais des bleus qui coûtent encore relativement cher. Auparavant, en raison de son emploi en heraldique pour les rois de France qui portent la fleur de lys sur fond Azur, cette couleur est 'royale', sans qu'il soit possible de dire si des edits royaux interdisaient son utilisation par ailleurs.



Une matière colorante, végétale qui était connue et cultivée ici ou là en Europe occidentale devient une véritable culture industrielle: la guède. 


La guède est produite surtout en Toscane, Picardie, dans le Toulousain...




Les VERTS


Dans la gamme des verts, il y a un problème lié à l'interdiction ou à l'absence de pratique de mélanges pendant très longtemps. Les romains ne mélangeaient pas du jaune et du  bleu pour faire du vert. La bible interdit les pratiques de mélange et on le respecte dans le Moyen Age chrétien en ce qui concerne les teintures. D'où cette division des teinturiers en 2 catégories. Les cuves de jaune et les cuves de bleu ne se trouvant pas dans les mêmes officines, on ne peut pas et pendant longtemps on n'a même pas l'idée de mélanger du jaune et du bleu pour faire du vert.

On sait faire du vert mais on procède autrement. On utilise des plantes et un très grand nombre d'entre elles ont un pouvoir colorant dans la gamme des verts. Mais ce sont des verts qui ne tiennent pas sur l'étoffe, ils sont instables, grisés. Les matières les plus ordinaires peuvent teindre en vert comme par exemple la fougère, l'ortie ou l'écorce du bouleau.

Presque toutes les plantes sont tinctoriales et les 2/3 peuvent teindre en vert!

Mais cela ne donne jamais de très beaux verts d'où un statut particulier pour le vert pendant très longtemps. Une couleur dévalorisée et toujours désaturée, pas éclatante et peu solide sur l'étoffe. D'où un lien qu'on établit entre cette instabilité tinctoriale, chimique et la symbolique qui s'y rattache : Le vert est associé à tout ce qui est instable. Elle est associée à tout ce qui change, tout ce qui bouge : la jeunesse, l'amour, l'espérance, le jeu, le hasard, la chance, la fortune... Tout ceci est vert au Moyen Age et à l'époque moderne! Les jeunes participant aux tournois étaient d'ailleurs souvent vêtus de vert.
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