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Le manteau de sacre au moyen âge

 
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Frenchinamst
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MessagePosté le: Sam 28 Fév 2015 - 12:27    Sujet du message: Le manteau de sacre au moyen âge Répondre en citant

Le manteau de sacre, inspiré par la "chappe" (ou cape moderne) porté par la noblesse, est un élément majeur de la fonction souveraine au moyen-âge. Au Xe siècle, Henri II (empereur germanique) puise allégrement dans le trésor royal pour magnifier son sacre et fait réaliser une cape, aujourd'hui conservée à la cathédrale de Bamberg.

Sans enfant, l’empereur et l’impératrice pouvaient puiser presque sans retenue dans le trésor royal. Plus encore, ils pouvaient remettre à cet établissement qu’ils chérissaient plus qu’aucun autre tous leurs effets personnels. Il y a, à Bamberg, une collection de manteaux, de chapes et de tuniques, unique au monde par la qualité et l’ancienneté, reliques d’un empereur rangé parmi les saints1. Ces pièces longuement utilisées comme ornement liturgique sont aujourd’hui au Musée Diocésain de Bamberg, ensemble précieux entre tous dans un trésor fabuleux.
Un de ces manteaux porte un ciel étoilé et dans ce cas, à l’attrait qu’exerce une oeuvre d’art vient s’ajouter l’intérêt historique que suscite un objet chargé de signification. On sait, bien sûr, qui l’a offert et pour quelle occasion On discute encore de sa provenance et de la date exacte de la réalisation. Ces questions importantes sans doute pour l’érudition et l’histoire de l’art, le sont moins cependant que toutes celles que peut poser la symbolique du ciel.
Cette chape était destinée au sacre impérial, même s’il faut apporter la preuve que Henri II en était bien revêtu, à Rome, pour cette cérémonie. Qu’il se soit présenté ainsi devant le clergé, les nobles et le peuple ne peut passer pour dépourvu de toute intention. Les liturgies du pouvoir sont trop réfléchies au Moyen Age pour qu’il en aille autrement. Il reste toutefois à comprendre en quoi la représentation du ciel concourt à exprimer l’élévation de Henri II à l’empire.

Forme originelle avant modifications faites par le clergé
Or ce manteau, retaillé en forme de chape liturgique par les chanoines, était à l’origine un habit circulaire avec un trou au centre pour y passer la tête. Aussi l’empereur était-il entouré de tous côtés par des étoiles et des constellations. Il était comme l’axe de la voute céleste qui se développait autour de lui. Une telle vision était sans aucun doute très suggestive. Bien hardi qui pourra dire les sentiments de tous ceux qui étaient présents à la cérémonie ! Un tel décor a été délibérément choisi par un groupe de clercs et de conseillers qui en mesuraient plus exactement la portée. Leurs intentions ne sont pas connues autrement que par les signes qu’ils ont choisis pour les exprimer. Toutefois, c’est la cérémonie du sacre impérial qui, dans son ensemble, développe les thèmes idéologiques retenus. Le manteau étoilé, pièce importante de ce système des symboles, ne peut recevoir qu’une signification en accord avec tous les autres détails. Nul doute enfin que cette liturgie, couronnement d’un programme de gouvernement, n’illustre très exactement une volonté politique. Bref, en faisant revêtir à Henri II un manteau couvert d’étoiles, les clercs entendaient-ils affirmer le pouvoir universel de l’empereur sur tous les peuples et sur toutes les provinces ? S’efforçaient-ils de lui faire reconnaître un pouvoir cosmique ? Ce vêtement peut-il, éventuellement, avoir une signification moindre que celle qu’il laisse entrevoir ? On ne peut en décider sur une simple impression.

Détail d'un ornement
Le manteau de l’empereur Henri II porte une broderie au fil d’or sur un fond violet foncé à l’origine. En 1502-1503, les motifs ont été transportés sur un autre tissu, consolidés et fixés avec des fils de soie blanche. Cette restauration explique peut-être quelques-unes des petites anomalies que l’on relève dans les inscriptions. On peut, semble-t-il, exclure l’hypothèse d’un bouleversement complet de la disposition parce que les diverses représentations n’ont pas la même dimension au centre et sur les côtés, en haut et en bas. Un changement de la mise en place ferait disparaître tout l’équilibre de la composition. Aussi paraît-il improbable, d’autant plus que cette pièce est, au début du xvie siècle, une relique prestigieuse.
  • 4 Usye, c’est l’ousia des philosophes. Ce vocabulaire porte la marque d’une influence grecque. Les chanoines de la cathédrale de Bamberg qui reçurent le manteau après la mort de Henri II firent ajouter deux inscriptions. L’une au centre près du Christ dans la mandorle: "Sur(er)ne usye sit gratu(m) hoc Caesaris donum", "qu’au Dieu suprême soit agréable ce don de César. Une autre sur le bord externe: "O decus Europae Cesar Henrice beare angeat impreium (imperium) ibti (tibi) rex qui re(g)na(t) wne (in evum) ", "O décor de l’Europe, César Henri, qu’augmente ta puissance le roi qui règne éternellement.
Deux inscriptions originales concernent plus directement l’histoire du manteau: "Descriptio tocius orbis", description du monde entier, peut-on lire, à gauche, en bas. La formule donne ouvertement le sens de l’oeuvre. En bas et à droite, on lit: "Pax Ismaheli qui hoc ordinavit", "Paix à Ismaël qui a commandé cette pièce", ce qui identifie le donateur.


A vrai dire, il n’est pas assuré cependant que ce manteau couvert d’étoiles ait été porté par Henri II le jour de son sacre. Adhémar de Chabannes raconte que l’empereur, pendant son voyage de retour "fit présent au monastère de Cluny de son sceptre d’or, de sa sphère d’or, de son vêtement impérial en or, de sa couronne d’or, de son crucifix d’or qui pesait cent livres". Certains ont pensé que c’était le manteau du sacre qui avait été donné au monastère bourguignon. S’il en était ainsi il est bien évident que celui de Bamberg ne serait pas authentique. Ce serait un double, un cadeau fait après et venu en dehors du contexte. Il est bien certain que ce texte a semé le doute. Il explique les incertitudes des historiens sur la date et pour une part sur le lieu d’origine. Le récit d’Adhémar n’est pas décisif, car le vêtement impérial en or n’est peut-être pas le manteau du sacre proprement dit. Il apparaît surtout, après les études de P. E. Schramm, que la représentation du ciel est si caractéristique du sacre impérial depuis Otton Ier qu’il paraît difficile d’envisager qu’un tel vêtement ait été exécuté dans un autre contexte.

Plus tard, au XIIe siècle, l'influence arabe, liée aux croisades et à une orientisation stylistique, transparaît dans la mode sacralisée. Ici le manteau de Roger II de Sicile.

Samit de soie teint au kermès ; décor : broderie de soie, de fils d’or, soulignée de perles (broderie aux points : fendu, arrière de chaînette, de Boulogne, sur rembourrage brodé au fil d’or), plaques d’or ciselé incrusté de pierres précieuses et enrichi d’émaux cloisonnés


Cette grande chape semi-circulaire – forme courante à l’époque médiévale pour les manteaux de cérémonie – fait partie de tout un lot de vêtements luxueux exécutés entre le XIIe et le XIVe siècle en Sicile par des artisans d’origine arabe. Certains sont datés. Arrivés en Germanie par le biais de mariages ou d’héritages au tout début du XIIIe siècle, ils furent très vite utilisés pour les couronnements des empereurs du Saint-Empire Romain Germanique. D’abord conservés à Aix-la-Chapelle (la chape aurait, pensait-on, appartenu à Charlemagne), puis, de 1424 à la fin du XVIIIe siècle à Nuremberg, ils entrèrent finalement à partir de 1801 dans le trésor du Kunsthistorisches Museum de Vienne.
Le décor de l’avers de la chape, monumental et en miroir, s’enlève sur fond rouge, en or, rehaussé de détails traités en rouge, bleu clair, jaune, brun foncé ou en réserve. Il est entièrement souligné de deux rangs de petites perles (plusieurs centaines de milliers). De part et d’autre d’un palmier-dattier s’adossent deux couples d’animaux figurant l’antique thème du prédateur se saisissant d’une proie : un lion, la tête fièrement relevée, la queue épousant au dessus du dos la forme d’une demi-palmette, les articulations marquées de rosettes et de rinceaux feuillus, écrase et maintient de ses puissantes griffes un dromadaire. Si les différents détails non réalistes soulignant l’anatomie des animaux étaient déjà courants au Xe siècle, d’autres (les griffes du lion, les poils sur les lèvres du dromadaire par exemple) sont très réalistes de même que le rendu des volumes et de la grande tension qui se dégage de l’attaque. Alors que les manteaux contemporains offrent des décors répétés et à petite échelle, celui-ci au contraire a été conçu comme le puissant symbole de la victoire de la dynastie normande des Hauteville, dont l’emblème est un lion, sur les Arabes. En raison de sa date, la chape n’a pu servir au couronnement de Roger II (1130). A-t-elle été réalisée pour une occasion particulière ? La bordure supérieure du vêtement (qui apparaît sur le devant du costume lorsqu’il est porté) est brodée d’une frise de quadrilobes meublés d’une fleur de lys alternant avec des losanges orfévrés. À l’arrière de la tête des lions, deux broches d’orfèvrerie, circulaires, à décor de rosaces étoilées, s’inscrivent dans un quadrilobe enrichi de gemmes serties dans des griffes ; avec les deux petits « anneaux » en or incrustés de rubis fixés de part et d’autre de l’encolure, elles permettaient la fermeture du manteau.
Le revers de la chape est doublé de divers morceaux de textiles aux techniques et décors variés. Plusieurs s’ornent de dragons serpentiformes dont les corps se nouent pour former des cartouches enfermant des personnages isolés, des cavaliers, des animaux et des arbres « candélabres ». Le traitement de ces dragons, sont les têtes s’affrontent ou s’adossent, évoque les décors sculptés en stuc et en pierre de plusieurs édifices, ou peints sur la céramique des époques seljuqide et ayyubide. Sur l’un de ces tissus, de larges rubans dessinent des cartouches losangés et demi-losangés à degrés, enfermant des arbres aux branches parallèles, dont deux plus longues terminées par des têtes de dragons (?) se redressent, aux feuilles toutes tournées vers le bas et figurant des têtes d’oiseaux ; dans les cartouches losangés, cet arbre est flanqué de deux femmes en mouvement. Des décors similaires se rencontrent sur d’autres textiles, attribués à la Sicile et évoquent même la coupe lustrée ornée de « l’arbre aux oiseaux » du musée du Louvre.
Ce vêtement unique, par l’extraordinaire finesse de sa réalisation, ses décors et son inscription, illustre parfaitement le luxe de la cour de Roger II et la symbiose réussie des savoir-faire et des thèmes décoratifs de l’Orient islamique et de la Sicile chrétienne.


On voit donc à travers ces 2 exemples comment la symbolique d'inspiration romane et christique évolue peu à peu vers des thèmes profanes, jusque dans les insignes du pouvoir royal.
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MessagePosté le: Sam 28 Fév 2015 - 12:27    Sujet du message: Publicité

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